Aller au contenu
ArticleQualitéLecture · 7 min

Certificat matière 3.1 (EN 10204) : ce qu'il prouve et quand l'exiger

EN 10204 : ce que garantissent les documents 2.1, 2.2, 3.1 et 3.2, ce qu'un certificat 3.1 doit contenir et quand l'exiger d'un sous-traitant.

Sommaire

Un certificat matière selon la norme EN 10204 est le document qui atteste qu'un lot de métal correspond à la commande. Le plus demandé, le certificat 3.1, va plus loin que les autres : il donne les résultats d'essais réalisés sur le lot réellement livré, identifié par son numéro de coulée, et il est signé par un responsable du contrôle indépendant de la fabrication. Exigez-le dès que la pièce a une fonction de sécurité, tient une pression, porte une charge, ou entre dans un secteur qui impose la traçabilité matière : aéronautique, médical, nucléaire, ferroviaire.

Ce que la norme EN 10204 définit vraiment

L'EN 10204 ne fixe ni composition chimique ni caractéristique mécanique. Elle classe les documents de contrôle que le fournisseur d'un produit métallique remet à l'acheteur. Ces documents se distinguent selon deux critères : qui a validé le document et sur quoi portent les essais.

La norme parle de contrôle non spécifique quand les essais sont faits selon les procédures habituelles du producteur, sur des produits de même fabrication mais pas forcément ceux de la livraison. Elle parle de contrôle spécifique quand les essais sont réalisés sur les produits livrés eux-mêmes, ou sur l'unité de réception dont ils font partie.

La version citée dans les commandes est celle de 2004. Elle a supprimé les anciennes appellations 3.1.A, 3.1.B et 3.1.C. Si un plan ou un cahier des charges ancien mentionne encore un « 3.1.B », il correspond en pratique au 3.1 actuel. Faites corriger la mention lors de la revue du plan.

Les quatre types de documents comparés

TypeNom dans la normeEssaisValidé par
2.1Attestation de conformité à la commandeAucun résultat d'essaiLe fabricant
2.2Relevé de contrôleRésultats issus d'un contrôle non spécifiqueLe fabricant
3.1Certificat de réception 3.1Résultats issus d'un contrôle spécifique, sur le lot livréLe représentant du contrôle du fabricant, indépendant de la production
3.2Certificat de réception 3.2Résultats issus d'un contrôle spécifique, sur le lot livréLe représentant du contrôle du fabricant et un inspecteur mandaté par l'acheteur ou par la réglementation

Le certificat 2.2 est souvent confondu avec le 3.1, parce qu'il contient lui aussi des valeurs chiffrées. La différence est pourtant nette : un 2.2 dit « voici ce que nous obtenons habituellement sur cette nuance », un 3.1 dit « voici ce que nous avons mesuré sur la coulée que vous recevez ».

Ce qu'un certificat 3.1 doit contenir

Un certificat 3.1 lisible et exploitable comporte au minimum :

  • l'identification du producteur, le numéro du document et la date ;
  • la référence de commande et la désignation exacte du produit : forme, dimensions, état de livraison ;
  • la nuance et la norme produit, par exemple un acier de construction selon l'EN 10025-2 ou un inox selon l'EN 10088 ;
  • le numéro de coulée, qui relie le document au métal ;
  • l'analyse chimique de la coulée ;
  • les essais mécaniques : résistance à la traction Rm, limite d'élasticité Re ou Rp0,2, allongement, et selon la nuance une résilience à température donnée ou une dureté ;
  • l'état de traitement thermique quand il est spécifié ;
  • la déclaration de conformité à la commande et l'identité du signataire.

Le document prouve la qualité du métal à la sortie de l'aciérie, pas celle de votre pièce. Une soudure, une trempe ou un usinage mal conduit ne se lisent pas sur un certificat matière. Ils relèvent d'autres preuves : rapport de contrôle dimensionnel, procès-verbal de traitement thermique, qualification de soudage.

Barres d'acier crénelées empilées, légèrement oxydées en surface
Une barre sortie de son paquet n'est plus reliée à son certificat que par le marquage qu'on lui reporte.

La traçabilité entre l'aciérie et votre pièce

Le certificat ne vaut que si le lien entre le document et la pièce est tenu à chaque étape. Le métal passe souvent par un négociant, puis par l'atelier qui le scie, l'usine et parfois le sous-traite à son tour pour un traitement. À chaque passage, le numéro de coulée doit suivre.

En atelier, cela se traduit par des gestes simples mais systématiques :

  • marquer la coulée sur la barre ou la tôle à réception, au feutre ou par poinçon ;
  • reporter le marquage avant chaque débit, pour que la chute restante reste identifiée ;
  • inscrire la coulée sur l'ordre de fabrication et dans le dossier de la commande ;
  • isoler, voire mettre au rebut pour l'usage certifié, toute chute qui a perdu son identification.

Le distributeur qui découpe une tôle dans un format plus grand doit lui aussi transmettre le certificat d'origine. Il peut y ajouter son propre document, mais il ne remplace pas le certificat du producteur. Méfiez-vous d'un document sans numéro de coulée ou sans signature : il n'a pas la valeur d'un 3.1.

Paquets de barres d'acier carrées empilés dans un entrepôt de distribution
Chez le distributeur, le certificat d'origine doit accompagner chaque lot revendu ou découpé.

Quand exiger un 3.1, et quand c'est superflu

Le bon niveau dépend de la fonction de la pièce et des textes qui s'appliquent, pas d'une habitude d'achat.

Le 3.1 est généralement attendu :

  • pour les équipements sous pression : la directive 2014/68/UE demande, pour les matériaux des parties principales sous pression des catégories II à IV, un certificat avec contrôle spécifique du produit ;
  • en aéronautique, où la traçabilité matière fait partie des exigences de l'EN 9100 et des cahiers des charges des avionneurs ;
  • pour les dispositifs médicaux, dont le dossier technique doit prouver l'origine des matériaux, dans la logique de l'ISO 13485 ;
  • en nucléaire, où les codes de construction fixent souvent un niveau 3.1, parfois 3.2 ;
  • pour les pièces de structure ou de levage, et pour toute pièce dont la rupture mettrait quelqu'un en danger.

Le 2.2 ou le 2.1 suffisent souvent pour des capots, des supports non critiques, des pièces d'aspect ou des prototypes. Exiger un 3.1 sur une tôle de carter, c'est payer plus cher une matière à approvisionner chez un distributeur qui le fournit, pour une preuve que personne n'exploitera.

Le 3.2 se réserve aux cas où un client, un organisme notifié ou un code l'impose explicitement. Il demande de planifier la présence de l'inspecteur et rallonge sensiblement le délai d'approvisionnement.

Comment le demander dans une consultation

Une exigence matière floue produit des devis incomparables. Écrivez-la sur le plan et dans la demande de prix, sous une forme du type : « matière 1.4404 selon EN 10088-3, certificat 3.1 selon EN 10204 à fournir avec la livraison, traçabilité de la coulée jusqu'à la pièce ».

Précisez aussi :

  • si une copie numérique suffit ou si un original doit accompagner la livraison ;
  • si le marquage de la coulée doit apparaître sur la pièce finie, et à quel endroit ;
  • la durée d'archivage attendue chez le sous-traitant.

Pour une pièce usinée avec certificat matière, vous pouvez décrire votre besoin et recevoir des devis d'ateliers d'usinage qui gèrent déjà cette traçabilité. Avant de consulter, parcourez aussi la liste des ateliers d'usinage mécanique : la fiche de chacun indique ses certifications, un bon indice de sa discipline en matière de traçabilité.

Les erreurs les plus fréquentes à la réception

Trois défauts reviennent souvent quand on contrôle un dossier matière :

  1. La nuance du certificat ne correspond pas au plan. Un 304 livré pour un 316L ou un S235 à la place d'un S355 se repère en deux minutes de lecture.
  2. Le document est un 2.2 présenté comme un 3.1. Vérifiez l'intitulé, la mention du type et la présence d'un numéro de coulée relié à des essais.
  3. Les valeurs sont hors norme. Comparez la limite d'élasticité ou la composition aux minima de la norme produit. Une valeur en dessous du minimum doit déclencher une non-conformité, même si le fournisseur a signé.

Cette vérification documentaire s'intègre naturellement à votre plan de contrôle de réception, au même titre que les cotes critiques.

Photos : Pixabay, Willians Huerta sur Pexels.

FAQCertificat matière 3.1 (EN 10204) : ce qu'il prouve et quand l'exiger

Questions fréquentes.

Non. Le certificat 3.1 est émis par le producteur du métal, c'est-à-dire l'aciérie ou le lamineur, et signé par son représentant du contrôle. L'atelier qui usine transmet une copie de ce document et prouve, par son propre système de traçabilité, que la pièce livrée vient bien de la coulée certifiée.
→Pour aller plus loin
Devis gratuit · ateliers d'usinageDemander un devis